Remplir les fiches de police directement sur ordinateur plutôt qu’à la main? Au Tessin, cela se fait déjà et d’autres cantons en discutent, comme Neuchâtel où un tel système devrait voir le jour dès 2009. Le canton de Fribourg a également manifesté son intérêt mais dans tous les cantons romands, comme ailleurs en Suisse, on en est resté pour l’instant aux fiches sur papier. Un système passablement obsolète qui pose de nombreux problèmes. Dans le canton de Vaud, les fiches doivent être remplies à la main par le client.
Des informations inutilisablescar des clients écrivent très mal
«La plupart du temps, les informations sont inutilisables, tellement c’est mal écrit», relève Myriam Udriot-Seppey, directrice de l’Hôtel Mercure de Leysin. En Valais, la loi sur l’hébergement et la restauration stipule aussi expréssement l’obligation pour chaque hôte de signer le bulletin d’arrivée. Pourtant, la Suisse dispose déjà de bases légales en matière de signature électronique et les installations techniques permettant de l’utiliser sont déjà disponibles sur le marché.
Autant dire que pouvoir transmettre directement ces données par internet représenterait un gain de temps appréciable tout en rendant ces fiches réellement efficaces. «Nous avons déjà beaucoup d’informations dans le fichier du client, comme son adresse exacte, que nous sommes de toute façon obligés d’avoir pour faire des mailings. Il n’y aurait plus qu’à compléter avant de l’envoyer à la police», relève Myriam Udriot-Seppey.
«Je ne remplis jamais de fiched’hôtel en France ou en Belgique»
Mettre une fiche à remplir sous le nez des clients fait par ailleur tiquer plus d’un voyageur. «Beaucoup sont choqués. Je vais souvent en Belgique, en France ou au Luxembourg et je ne remplis jamais de fiche d’hôtel», souligne Lorraine Baert, directrice de l’Hôtel Bellevue à Onnens (VD). «Celui qui est énervé de remplir cette fiche met le minimum. On le sent et on n’insiste pas», relève Myriam Udriot-Seppey. Chaque soir quelqu’un de l’hôtel contrôle les fiches afin de vérifier que toutes les rubriques ont été remplies. Si tel n’est pas le cas, et cela dans la mesure du possible, le réceptionniste rappelle le client dans sa chambre. Faute de quoi, la police retourne les fiches incomplètes, à charge pour les hôteliers de retrouver les données manquantes après coup.
Directeur de l’Hôtel Alpha Palmiers à Lausanne, Eric Fassbind relativise fortement le problème des clients réticents, dans la mesure où les contrôles sont encore plus poussés dans certains pays: «En Asie, vous devez déposer votre passeport à la réception et on vous le rend le lendemain. Aux Etats-Unis, il est scanné. Les gens ont l’habitude de se faire contrôler». Mais le problème qui se pose concrètement est que, très souvent, une personne qui est recherchée par la police a tout le temps de partir. A cause du temps qui s’écoule jusqu’à ce que l’information soit transmise à la police et au système de recherche européen.
Alors qu’elle doit en principe se faire chaque nuit, la collecte des fiches, dans les faits, se révèle très aléatoire. «Quand j’ai commencé, il y a 35 ans, les gendarmes venaient toutes les nuits. Maintenant, c’est une fois par semaine et ils passent à n’importe quelle heure de la journée, des fois même l’après-midi ou le soir», explique Lorraine Baert. Et ce n’est pas mieux dans les centres urbains: «Parfois, on ne les voit pas pendant des jours ou des semaines s’ils ont beaucoup de travail», relève Eric Fassbind.
Consciente du problème, la police genevoise a délégué la collecte des fiches à des fonctionnaires du Département des institutions qui passent chaque nuit. Les hôteliers peuvent aussi transmettre les données dans l’immédiat par e-mail mais doivent ensuite remplir les bulletins sur papier. A cela s’ajoute encore une pratique qui varie non seulement selon les cantons mais aussi parfois selon les communes. Ainsi, dans certaines localités, c’est la police qui passe chercher alors que dans d’autres, l’hôtelier a la possibilité de les poster.
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