L’été est la saison du camping par excellence. En Suisse romande, c’est en Valais et dans l’Arc lémanique que le camping est particulièrement développé. En Valais, troisième destination suisse après le Tessin et l’Oberland bernois, le camping touristique représente 10% des nuitées estivales, 16% si on y inclut le camping résidentiel (bungalows loués à la saison ou à l’année).
Question nuitées, le camping se maintient plus ou moins au niveau national. Pourtant, en Valais et dans la région lémanique, ce serait plutôt moins que plus et ce, malgré les efforts du secteur pour s’adapter aux exigences des clients. Car les campings du 21e siècle n’ont plus grand-chose à voir avec ceux d’il y a trente ans. Auparavant, on louait une place pour y planter sa tente. Aujourd’hui, le camping doit permettre de vivre une expérience. Les campeurs demandent de l’espace, toutes sortes d’équipements et de services se mesurant au nombre d’étoiles. Les campeurs veulent le retour à la nature, mais avec la technologie. «Ils exigent la qualité de la maison, mais en plein air», résume André Gingezy, responsable camping au Touring Club Suisse (TCS), poids lourd du secteur en Suisse, avec 1,1 million de nuitées (sur 2,7 millions en 2007).
Un motor-home avec un jacuzziet un garage pour une Smart!
L’une des grandes révolutions concerne les sanitaires. Fini le temps des douches communes et des files devant deux ou trois WC pour tout le terrain. Aujourd’hui, il faut des douches individuelles, des espaces de soin pour les bébés, des machines à laver, des séchoirs, des sèche-cheveux, etc. Si le camping rime avec vacances cool et conviviales, dans une certaine proximité avec les autres, les campeurs, à l’image de la société, sont devenus plus individualistes. D’autre part, pour prétendre à un certain standing, les campings ne doivent plus seulement offrir magasins, restaurant, piscine et autres salles de loisirs, il s’agit aussi d’électrifier toutes les places de manière performante, de s’équiper en jeux électroniques, d’avoir un Internet corner et de pouvoir compter sur un réseau Wi-Fi.
Quant à la place, il en faut davantage qu’autrefois pour que les motor-homes, de plus en plus imposants, se posent à leur aise avec auvent et tente pour les enfants. Les standards, aujourd’hui, s’inscrivent dans une fourchette de 60 à 100 m², voire plus. Il faut dire qu’il est révolu le temps des petites tentes à budget modeste. Si, il y a une vingtaine d’années encore, les terrains étaient occupés à 90% par des tentes, ce chiffre est tombé à 20%. La cote des caravanes est également en baisse. En revanche, les motor-homes sont très tendance, de même que les bungalows qui ressemblent de plus en plus à des mini-suites. «Les motor-homes de 200000 ou 300000 francs ne sont pas rares, et certains mesurent jusqu’à neuf mètres de long», note Jean-Nicolas Revaz, patron du camping du Botza à Vétroz et président de l’Association valaisanne des campings. Et d’ajouter qu’il en a même vu un de 600000 euros avec un jacuzzi et un garage pour une Smart!
Ce besoin grandissant de place peut poser problème dans la mesure où le terrain disponible est souvent limité. C’est l’un des grands défis auquel se retrouve confronté le TCS, sa politique étant de soutenir les campings susceptibles de s’agrandir. Le TCS ne modernise en effet que les campings suffisamment grands pour pouvoir rentabiliser ces investissements. C’est ainsi qu’en six ans, un tiers des campings TCS ont fermé, leur nombre passant de 48 à 33.
Les campings traités commeun parent pauvre touristique
On l’aura compris, l’argent constitue un autre défi. Comme les hôtels, les campings doivent régulièrement investir pour rester compétitifs. A cela s’ajoutent d’autres problèmes: la météo particulièrement fragilisante pour les campings et, dans le cas du Valais central, le bruit des FA-18. D’autre part, à entendre JeanNicolas Revaz, les organisations faîtières de promotion, Valais Tourisme et Suisse Tourisme, traitent le camping un peu comme un parent pauvre.
Directeur de Sierre Tourisme, Vincent Courtine tient le même langage: «Avec les directeurs des offices du tourisme des autres villes valaisannes, nous allons demander aux organisations faîtières de mettre davantage en avant le camping. Il n’y a pas que la montagne! La plaine aussi est pourvoyeuse de tourisme et, en plaine, les campings sont les hébergeurs numéro 1.» André Ginzery, du TCS, partage cette analyse, tout en précisant que «les campings ne doivent pas pleurer mais lutter sans complexe et parler d’une même voix, au-delà des individualismes. Avec les taxes de séjour que nous payons, nous avons les moyens de nous faire entendre.»
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