La Roumanie, il l’a quittée avec sa famille, en 1979, sous la dictature de Ceaucescu. Puis il y est revenu, fortune faite dans le high-tech en Israël, dans une région de collines, le Dealu Mare, à 90 kilomètres au nord de Bucarest.
«On n’arrive plus à vivre de la vigne, ici, alors que c’était une tradition», explique le fils de Gheorghe Onustru, 75 ans, qui a vendu une partie de ses vignes à Michael Rotenberg. Sous Ceauscu, ces terrains avaient été perdus, puis retrouvés à la chute du communisme, en 1989, «mais trop tard!». Les Roumains entretiennent un rapport ambigu avec la propriété: après avoir recouvré leurs terres, les familles hésitent à s’en séparer et préfèrent ne rien en faire. D’où les nombreuses terrasses viticoles, difficiles à cultiver, à l’abandon dans cette magnifique région du Dealu Mare.
Michael Rotenberg, lui, y croit. «J’ai toujours été intéressé à faire du vin manuellement. C’est une fascination culturelle. En Roumanie, il n’y a jamais eu de tradition de vins de haute qualité, comme en France. Chacun avait sa treille et le vin était un produit paysan. Puis, sous le communisme, des vins de grande production et de basse qualité étaient exportés en URSS, tandis que l’économie de subsistance s’installait. On vivait chichement.»
Aménagement d’un local de dégustation
L’ex-ingénieur de pointe a réussi à convaincre quelques paysans de céder leurs lopins de terres qui, mis bout à bout, font tout de même 20 hectares. Dans le village de Ceptura, il a racheté une cave, creusée dans le sol, l’a rénovée et est en train d’aménager un local de dégustation. Partageant son temps entre Tel-Aviv et Bucarest, il veille lui-même en permanence sur ses vins par le biais d’une… webcam – le transmetteur, c’est lui qui l’a inventé!
Avec son caviste, il tient ainsi des vidéoconférences. Pourtant, Michael Rotenberg se méfie de la technologie moderne en cave. Il s’est concentré sur un seul cépage, le merlot, et veut faire «le meilleur de Roumanie». Son 2006 a été reconnu comme tel par le magazine «Vinul». Désormais, il produit quelque 120000 bouteilles, qu’il propose en trois gammes: des vins de base, vendus en supermarché en Roumanie, une gamme moyenne et des têtes de cuvée.
«Je veux donner uncertain style à mes vins»
Sur son merlot, il recherche la surmaturité en récoltant les raisins tard: «Je veux donner un certain style à mes vins: je veux qu’ils aient du corps et du boisé. J’aime le bois.» Pour ses meilleures cuvées, Michael Rotenberg diffuse son «buzz» sur son site web. Il a fait dessiner ses étiquettes par une artiste cotée, Ana Ruxandra Ilforeanu. «Le vin génère un certain snobisme, comme dans l’art. C’est une mode que ceux qui se sont enrichis dans les nouvelles technologies s’intéressent au vin. Je veux faire du vin le plus naturel possible. Car être antisnob, voilà le snobisme absolu», lance ce polyglotte au français sûr.
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