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cahier français
15.11.2012
«Rien d'un manager sérieux»
Fondateur du Montreux Jazz Festival, Claude Nobs a reçu mardi soir, à Berne, le Milestone pour l'œuvre d'une vie. Il continue à défendre tout ce qui semble irréalisable.
Alexandre Caldara

Claude Nobs, le monde du tourisme vous rend hommage avec ce Milestone. Quels sont les secrets pour construire l'œuvre d'une vie?

Ce qui m’avantage dans ce métier, c’est que je suis célibataire sans liens de famille, je peux me lever à trois heures du matin. Je n’ai jamais rien eu d’un manager sérieux. Je suis un atypique qui fonctionne à l’impulsion, l’enthousiasme, capable de coups de cœur et de coups de gueule. Je n’ai pas vraiment de cadre, je suis un électron libre. Les idées viennent toujours, je travaille actuellement sur des programmes spéciaux avec Carlos Santana et Quincy Jones.

Au début des années 1960 vous faites une rencontre déterminante avec un professionnel du tourisme…

Raymond Jaussi était plus qu’un directeur d’Office du Tourisme, c’était mon mentor. Après l'Ecole hôtelière de Lausanne, à 27 ans, je parcourais l’Europe avec ma bicyclette dans le train et j'allais écouter du jazz dans les clubs le soir. Je suis resté trois mois à l’ONST, ancêtre de ST, à Paris, puis Raymond Jaussi m’a engagé comme comptable à l’Office du Tourisme de Montreux. Je n’y connaissais rien, il m’a dit de veiller simplement à préserver plus au poste avoir que doit.

Pourquoi vous avait-il engagé?

Quelques jours avant sa disparition au printemps dernier, je lui ai demandé. Tout ce que je faisais se situait à l’opposé de lui, je me levais tard, réalisais toujours des trucs bizarres. Il m’a ­répondu: parce que vous ne me ressembliez pas.

Quelle forme d'innovation proposez-vous en matière touristique?

Tout ce qui me semble irréalisable me plaît. Il y a quatorze ans, j’ai pensé qu’il fallait mélanger toutes sortes d’événements qui n’ont a priori rien à voir. Notamment l’Omega European Masters de Crans-Montana, le Festival du film de Locarno, le Lucerne Festival et nous. Cela paraissait très compliqué, mais cela a donné naissance aux Top Events Switzerland et cela marche très bien.

Vous êtes sans cesse en voyage. Quelles prestations vous paraissent centrales dans l'hôtellerie d'aujourd'hui?

Je pense que le wi-fi gratuit dans les hôtels est indispensable. J’apprécie les petits bars gratuits qui mettent à disposition des boissons sans alcool, pour moi cela devrait faire part de la carte hospitalière de tous les bons établissements. J’aime les directeurs d’hôtels qui ne sont pas obséquieux, qui nous accueillent avec leur personna­lité et leur humour, cela rend joyeux. L’accueil chaleureux dans des hôtels de famille me touche. J’ai participé aux Art Masters de Saint-Moritz, en arrivant au Badrutt’s Palace, nous avons été reçus par un portier sur tapis rouge, ensuite on nous a remis une clef USB avec la captation de ce moment. Les idées ne coûtent pas cher…

Pourquoi le Festival de Jazz de Montreux est-il incontournable?

Tout ce qui me préoccupe depuis le début c’est d’offrir des concerts avec une acoustique et une vision parfaite. Nous générons près de 60 000 nuitées dans la région, pendant le festival. La diversité et la qualité de notre offre permet de remplir tous les établissements du plus grand hôtel au plus petit camping. Que des spectateurs venus en 1967 nous restent fidèles et amènent leurs enfants et petits-enfants pour un concert de Deep Purple me semble merveilleux.

Quel genre de guide touristique êtes-vous?

J’aime présenter les lieux d’ici, comme les gorges du Chauderon, les Rochers-de-Naye, les lacs de montagnes, je leur parle du ski en été. On essaye toujours de garder les artistes une deuxième nuit pour leur faire découvrir la région.

Voir aussi le «cahier français» de l'édition du 15 novembre 2012 (E-Paper)

  
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