L'école hôtelière de Lausanne (EHL) vient d'innover en présentant un TEDx Event (lire ci-dessous) adressé aux professionnels de l'accueil. Une initiative due à Matthew Grudington, directeur des relations avec les anciens élèves. En introduction, il a expliqué que beaucoup des idées étonnantes abordées pendant ces events concernaient le monde de l'hospitalité, même si elles semblaient à priori éloignées. En un après-midi, on a pu voir un fast-food retransformé en espace de grillades ou des stations de ski qui passent leur temps à réaliser des films de vacances. Le bal des conférences live a été ouvert par Mike Hatrick. Il travaille dans l'innovation management auprès de Swisslogs. Il a expliqué qu'une des parties les plus compliquées sur lesquelles il s'agit d'intervenir dans le monde de l'aéronautique était le carénage ventral de l'avion. A qui avoir recours pour trouver des solutions? Il a fait confiance à cinq personnes qui ne connaissaient rien à ce monde-là et pouvaient résoudre ce problème avec des yeux d'enfants.
Plus proche des problématiques de l'EHL en apparence, la food designer Sophie Maxwell a parlé des goûts du futur. Et comme l'emballage ne fait pas la banane, elle a montré l'artificialité des images et des sigles utilisés pour représenter un produit. Comme si automatiquement un tigre devait représenter une céréale. Elle a donné des exemples concrets de paquets qui ne mentent pas comme ceux de la marque Fruita Blanch de Barcelone qui indique le pourcentage de sucre (30%) et de fruits (70%). Ou les emballages simples des britanniques de Food Doctor qui représentent le produit à l'intérieur.
Un système électronique qui permet de changer l'ambiance
Brigit Schleifenbaum, spécialiste en stratégies innovantes à Genève a poursuivi sur le thème de la surproduction d'énergie, elle a rappelé que 70% des céréales étaient produites pour nourrir des animaux d'élevage. Elle a évoqué tous les sens impliqués, lorsque l'on mange. Comme le signal acoustique qu'envoie le craquement d'un pain croustillant au cerveau pour signifier la fraîcheur. «Pourquoi ne pas songer à un système électronique qui change les ambiances de lumière et de température de la salle en fonction de l'évolution du menu?», a-t-elle demandé.
«Créer une nouvelle réalité qui montre et ne raconte pas tout»
Après une pause rythmée par un questionnement du goût: être une glace au pop-corn ou ne pas être… Retour en salle pour entendre Eva Zabey évoquer la valeur économique de la nature. «Vous avez déjà songé à combien un touriste est prêt à débourser pour voir le Cervin et à ce qui fait la plus-value d'une chambre donnant sur la montagne?», demande-t-elle non sans malice. Puis arrive la romancière Maeve Ryan qui connaît bien les pentes pour avoir travaillé plusieurs années dans le tourisme alpin en Autriche et avoir raconté cela dans «War & Piste». Pour elle, les analogies entre les recherches du romancier et celles de l'hôtelier existent: «Nous voulons créer des espaces appropriés aux rôles de chacun. Créer une nouvelle réalité qui montre et ne raconte pas, tout commence autour des personnages. On ne doit pas construire un produit, mais une industrie entière qui se pose la question de l'occupation de l'espace public.»
Avec des outils différents, ceux de la neuro science, le propos de Kynang Eng ne semblait pas si différent. Il a encouragé les étudiants a penser en termes d'espace plus interactif, plus organique en évoquant Ada, une machine conçue pendant Expo.02. Elle analysait le comportement du visiteur, tout en lui renvoyant des récompenses ludiques lumineuses.
Pour conclure, l'anthropologue du voyage, du tourisme et du pèlerinage Tom Selwyn a livré une leçon d'humanisme et de mixité à travers l'histoire de l'art. Dans une icône de Roublev du 15e siècle, il perçoit comme les anges changent l'étranger en ami. Il pense qu'un ensemble de musique qui se nomme Café Zimmerman pour interpréter Bach va transmettre le rythme du café à la musique. Il évoque le marché du soleil de Marseille, sa ville préférée, car selon lui, elle intègre toutes les traditions.
Plate-forme de conférences
TED est une plate-forme d'organisation de conférences et de partage
d'idées depuis 25 ans. Elle permet aux organisateurs locaux d'obtenir
une licence TED, de bénéficier des structures de la plate-forme et de
son concept de mise en scène. Puis ensuite chaque organisateur met en
place son contenu en fonction de ses thématiques primordiales et des
enjeux locaux. Pour l'Ecole hôtelière de Lausanne (EHL) le programme
«The Future we make» correspond à sa volonté de former les leaders de
demain.
Toutes les conférences sont filmées et réinjectées dans une vaste plate-forme de contenu TED.com. On y trouve plus d'un millier d'interventions qui ont été regardées par plus de 7 millions de personnes. En Suisse, l'intérêt semble croissant. A Lausanne, l'IMD Business School en propose également un, demain.
Cette année l'EHL a franchi une nouvelle étape en faisant de la responsabilité sociétale et environnementale une thématique transversale de son enseignement. Ces branches sont enseignées comme des matières distinctes, mais font aussi partie du cours de stratégie. Une approche qui permet aux étudiants de traiter ces questions non plus à partir de principes éthiques généraux, mais en réfléchissant à la mise en œuvre dans l'entreprise et aux résistances propres au secteur de l'accueil.
Chaque TED'x event comprend une partie dédiée à des conférences enregistrées ailleurs dans le monde, mais en lien avec la thématique. L'une des plus surprenantes fut celle sur le thème du jeu. La thèse de Jane Mac Gognial, elle-même sous l'emprise du jeu et créatrice de plaisirs virtuels, proposait le titre ambitieux: «Comment sauver la planète en jouant?» En citant le jeu «World of Warcraft», elle pense qu'il habitue les joueurs à la victoire héroïque, donne des missions à l'échelle de la planète et permet d'échapper à la souffrance du monde. Elle vient de développer de nouveaux jeux basés sur un monde sans pétrole ou même sur les enjeux liés à la famine.
L'anthropologue Tom Selwyn a rappelé que l'étymologie du mot hospitalité venait d'hostilité, en déduisant qu'il fallait se méfier des définitions immédiates. Une des leçons de ce premier TEDx à l'EHL.
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