La nouvelle a fait l’effet d’une bombe dans la branche hôtelière. Confrontées à la disparition des lits hôteliers, les six communes de Crans-Montana ont décidé, à l’unanimité, d’imposer un moratoire qui interdit durant deux ans de transformer des hôtels en appartements. Cette décision a été diversement accueillie. «C’est catastrophique», a déclaré à la télévision locale Canal 9 Jean Mudry, propriétaire des hôtels Alpina et Savoy. On peut le comprendre, il travaille précisément sur un projet mixte hôtel/appartements qui pourrait tomber sous le coup du moratoire.
Alain Duc, de l’Hôtel Belmont, lui emboîte le pas. «On ne peut pas empêcher un hôtel de fermer. C’est le marché qui dicte les conditions», dit-il. Mais, la décision séduit apparemment plus de personnes qu’elle n’en déçoit. «Nous sommes ravis qu’il y ait enfin une prise de conscience du peu de valeur ajoutée des résidences secondaires», a ainsi indiqué Patrick Bérod, directeur de l’Association hôtelière du Valais. Propriétaire de l’Hôtel Art de Vivre et conseiller communal de Chermignon, Joseph Bonvin salue cette décision, tout comme d’ailleurs, le directeur de Crans-Montana Tourisme, Philippe Rubod. «C’est une décision de bon sens qui se préoccupe de l’intérêt supérieur et général de la destination plutôt que de certains intérêts particuliers», déclare ce dernier.
Un groupe d'experts sera mis sur pied ces prochains jours
Ce moratoire repose sur des arguments convaincants. Depuis 1985, Crans-Montana a perdu 3500 lits hôteliers. Sur les 65 hôtels recensés en 1988, plus de 30 d’entre eux ont été transformés en 30 ans. Or, pour le président de commune de Montana et de la commission de coordination de l’Association des communes de Crans-Montana, Francis Tapparel, la destination a besoin de 2000 lits hôteliers au moins pour tenir la route. Un groupe d’experts, qui devrait comprendre des hôteliers, sera mis sur pied ces jours. Sa tâche: trouver des solutions pour maintenir l’hôtellerie. A ce stade déjà, les pistes ne manquent pas. Pour Joseph Bonvin, l’hôtelier peine notamment à trouver des crédits pour moderniser son établissement. «On pourrait faire en sorte que les communes nous soutiennent dans nos démarches auprès des banques en assurant, par exemple, une arrière-caution», suggère-t-il. Patrick Bérod met l’accent sur l’amélioration des conditions-cadres. Un pas dans ce sens pourrait être fait en aménageant le droit de succession pour que l’hôtelier soit au bénéfice des mêmes conditions que l’agriculteur.
Pour une réflexion cantonale sur les problèmes de la branche
Pour le directeur du Grand Hôtel du Golf, Claudio Casanova, la «panacée» réside dans un mix d’activités hôtelières et immobilières. Alain Duc est d’avis qu’il faudrait réduire les taxes. Quant à Urs Zenhäusern, directeur de Valais Tourisme, il estime qu’une réflexion sur ces problèmes de la branche hôtelière devrait être faite à l’échelle cantonale. Elle pourrait, par exemple, déboucher sur l’instauration d’un modèle de collaboration public-privé.
Autres communes, autres solutions: l’exemple d’Anniviers.
Confrontée aussi à la multiplication des résidences secondaires et soucieuse de maintenir des structures hôtelières, Anniviers a décidé, l’automne passé, de créer «une zone réservée» en zone à bâtir.
Cette mesure garantit l’élaboration d’un plan d’affectation et écarte le risque de voir la planification entravée. Résultat: «Tout projet de transformation d’un établissement d’hôtellerie, pouvant loger des hôtes, en appartement est strictement interdit.» Cette mesure est en vigueur jusqu’au 30 août 2013. Cet exemple montre bien, comme le souligne le président de l’Association hôtelière du Valais, Pierre-André Pannatier, «que les solutions dépendent des conditions locales».
«A Zermatt, nous avons réduit les surfaces permettant de construire des résidences secondaires», dit-il. Et d’ajouter malicieusement: «Mais chez nous, on ne ferme pas d’hôtel, on en construit…»
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