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cahier français
05.07.2012
Villa vue par les objets
«Traversier» de l'étudiant de l'ECAL Massao Combeau glisse sur le rebord de la fenêtre de la Villa Le Lac.
«Traversier» de l'étudiant de l'ECAL Massao Combeau glisse sur le rebord de la fenêtre de la Villa Le Lac. (Bild: Photos ldd Nicolas Genta)
La petite maison de Le Corbusier, à Corseaux, laisse ses espaces à des étudiants en design. Des interventions pudiques qui jouent avec le lac ou les couleurs. Une visite hors du temps.
alexandre caldara

Trois crimes commis le long d'une fenêtre de onze mètres de long dans la Villa «Le lac», de Corseaux. Le roulis qui les accompagne n'appartient à aucun tambour, malgré la musicalité du lieu. Mais à un traversier en bois posé tout près. L'auteure de ces crimes aux couleurs vives se nomme Giulia-Amélie Chébab. Cette élève de deuxième année du Bachelor Design Industriel de l'Ecole cantonale d'art de Lausanne (ECAL) signe l'une des seize propositions qui entrent en dialogue avec la petite maison. Ces trois crimes en forme de réceptacles posés sur les rebords d'une fenêtre ouverte sur le paysage se réfèrent à «Crimes et ornements» d'Adolf Loos. Les travaux des étudiants à découvrir, jusqu'au 29 août, reprennent à leur compte les qualités de la Villa «Le Lac» construite en 1923-24 sur les plans de Le Corbusier et de son cousin Pierre Jeanneret, à côté de Vevey. Discrétion, malice et pudeur. Alors que la petite maison susurre sa puissance de manifeste architectural de (16 x 4 mètres), sous la direction des professeurs et designers Chris Kabel et Elric Petit, les étudiants sont intervenus en tenant compte de la mémoire, des traces, de cette villa, premier exemple d'architecture moderne en Suisse. Transformant ainsi la machine à habiter en machine à apprendre.

«Traversier» de Massao Combeau s'inspire d'une photographie d'Erling Mandelmann en 1964, au temps où y vivait le musicien Albert Jeanneret, le frère de l'architecte. On y voyait de nombreux ouvrages peupler le rebord de la fenêtre. Ce traversier à roulettes, tel un skateboard de poche permet de déplacer les objets, afin de pouvoir ouvrir la fenêtre. «Les objets ne portent jamais atteinte à la construction, ils s'y intègrent», se réjouit Patrick Moser, conservateur de la Villa Le Lac. A tel point que l'un d'eux lui avait échappé lors de sa première visite dans la maison réaménagée.

«A shelf with a view» de Benoît Le Pape reprend la couleur du mur et ses rayonnages dévisagent le lac en continuité. Alors que «clic-lac» d'Alice Spieser s'agrippe en douceur à la façade en lamelles. Le jardin conçu comme une salle de verdure accueille «Plantons» qui illuminent de Romain Viricel.

«Il ne s'agit pas seulement d'objets, mais surtout de réflexions. Après deux expositions de photographie consacrées au passé, les espaces intègrent maintenant l'avenir», précise Patrick Moser. Des intégrations subtiles qui peuvent faciliter la vie d'un guide qui se glissera à l'intérieur du rond vide laissé par «Ring rub», le tapis de Sylvain Aebischer, qui reprend les coloris utilisés sur les murs d'origine dans les mêmes proportions. Les espaces modulables de la maison inspirent «engrenage» à Fanny Pellegrin un fauteuil qui se replie pour laisser de la place à un lecteur et à son chat dans le petit salon.

Ces objets résolvent des problèmes ou amènent une fantaisie qui ne se fane pas, comme le mobile poétique «les Fleurs du lac» de Jonathan Vallin. Ils pourront aussi inspirer des hôteliers à la recherche de fonctionalité ludique. Un crime qui se mue en poème vaut à lui seul la visite.

« Ecal chez Le Corbusier», éd. Castagniééé, 2012, 42 frs., 80 pages.

www.hotelleriesuisse.ch/librairie

www.villalelac.ch

  
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