Christophe Valley, vous démissionnez de Charmey Tourisme, alors que la destination se trouve en pleine tourmente avec ses remontées mécaniques. Votre décision est-elle vraiment un hasard de calendrier?

Il s'agit vraiment d'un choix personnel. En arrivant à Charmey, je m'étais fixé cinq ans pour effectuer un bilan. J'ai beaucoup appris de la situation, souvent agitée, il faut l'avouer. Personnellement, j'aspire à des projets avec un rayonnement plus large. Plusieurs opportunités se sont présentées. Finalement c'est celle du TCS qui se concrétise à ce timing-là.

Soulagé tout de même?

Cela me fait plutôt un peu mal au cœur de quitter le navire maintenant. Car les changements me motivent, lorsque je sens que je peux apporter quelque chose de nouveau. Mais je reste habitant de Charmey et solidaire de la situation.

Vous êtes arrivé en avril 2012 dans un contexte difficile. Vous repartez dans une situation très tendue. Frustrant?

On sait qu'il y a à Charmey un environnement émotionnel extrêmement fort. Si l'on parle de tourisme, on a vite l'impression de déplacer des montagnes. Encore pire lorsqu'il s'agit de remontées mécaniques. Il faut faire avec. Il y a eu certes des moments de démotivation, mais aussi des succès. Nous avons donné de la visibilité à l'offre touristique charmeysanne. J'ai transformé le travail de l'office du tourisme en y développant des produits, chose qui n'existait pratiquement pas. Nous avons créé un panel d'événements et d'animations sur l'année. Cet été, nous avons multiplié par quatre le chiffre d'affaires lié au vélo électrique.

Avec quel effet sur les nuitées?

Les nuitées sont restées stables, avec 33 000 nuitées hôtelières et 165 000 nuitées globales. Je regrette d'avoir perdu deux hébergements collectifs, en lien avec le flou lié aux remontées mécaniques.

Douloureuse télécabine
En difficulté depuis une quinzaine d'années, les remontées mécaniques de Charmey doivent faire face aujourd'hui à une situation alarmante. Le déficit d'exploitation a jusqu'ici été couvert par la commune, soit plus de 
6 millions de francs entre 2010 
et fin 2017. Le 19 novembre, les citoyens ont dit stop en refusant une hausse d'impôts qui aurait représenté un soutien de 600'000 francs pour la station et les remontées. Ce vote implique de trouver de nouvelles solutions. Dans ses conclusions, le groupe de travail annonce vouloir éviter d'aban­donner la télécabine Rapido Sky, considérée comme la «colonne vertébrale» de la station. La recherche d'appuis financiers privés est évoquée mais n'exclut pas une aide communale de 250'000 francs, qui sera votée le 14 janvier. La task force préconise «une réorientation des activités hivernales et un ­repositionnement stratégique», avec une gouvernance adéquate. L'expertise de la société d'exploitation de Moléson est sollicitée dans cette reconversion.

Avez-vous l'impression que la situation a évolué en six ans?

Cette crise nous a permis de passer d'un problème communal à un problème cantonal. Il y a une prise de conscience que des dégâts au niveau local nuisent aussi aux partenaires régionaux et à l’ensemble du canton.

Le directeur des remontées mécaniques a également posé sa démission pour la fin de l'hiver. Que signifie ce double départ pour Charmey?

Optimiste de nature, j'y vois plutôt une opportunité pour la destination et la Gruyère dans sa globalité. Si on veut garder notre offre actuelle – avec des remontées mécaniques qui fonctionnent été comme hiver, avec un domaine skiable – nos structures doivent devenir les plus agiles et légères possibles pour minimiser le risque financier. Cela implique d'agir sur les coûts de structure et de renforcer les coopérations, au niveau régional et cantonal. Je pense que notre office de tourisme doit se rapprocher encore de La Gruyère Tourisme, au point même d'intégrer cette structure.

Et Jaun? Vous aviez soulevé l'idée – d'ailleurs assez mal reçue à l'époque – que l'on pourrait concentrer l'activité ski sur ce domaine, situé à dix kilomètres en amont de Charmey.

Ce n'est pas à moi de prendre position sur Jaun, mais je pense que cette réflexion et cette opportunité les concernent aussi. Actuellement, nous collaborons déjà beaucoup, sur des actions de promotion, des brochures.

L'avenir à Charmey, vous le voyez avec ou sans remontées mécaniques?

Avec remontées mécaniques. Mais il faut réfléchir au modèle économique autour de ces remontées. Soit on choisit de garder le ski, avec le risque financier qu'il comporte. Soit on maintient l'hiver, mais sans le ski, à l'image de la station de Kronberg en Appenzell qui a réduit le ski à une activité très débutante et misé sur d'autres services telle que la gastronomie avec quatre restaurants, un parc aventure, de la luge etc.

Où réside le potentiel de Charmey, petite station qui culmine à 1600 mètres d'alti­tude?

Charmey est bien positionné et probablement la seule vraie destination touristique des Préalpes fribourgeoises qui possède une offre complète, avec de l'hôtellerie, une offre de détente, de la gastronomie, des traditions, des remontées mécaniques. Beaucoup de projets ont émergé ces dernières années pour soutenir la culture liée à nos traditions. C'est très positif. Je suis sûr que des solutions existent.

Concrètement? Quels sont les projets que vous n'avez pas eu le temps de concrétiser?

Nous peinons encore à faire du sommet de Vounetz une vraie «montagne de traditions» alors qu'il réside encore un fort potentiel. Le problème des autorisations nous freine dans nos initiatives. Un projet NPR visant à valoriser le patrimoine alpestre nous permettrait de créer une centaine de lits sur la monta­gne: des yourtes, des cocons dans les arbres, des dortoirs et des couchages sur la paille dans des chalets d'alpage. Une manière de positionner la montagne autrement que par le sport et la gastronomie et d'offrir une nouvelle expérience à nos hôtes.

Lire aussi à ce sujet la chronique de Thomas Steiner:Le ski dans les Préalpes n'est pas mort

La Gruyère Tourisme plaide pour l'intégration de Charmey Tourisme
Le départ de Christophe Valley permettra d'accélérer un projet de rapprochement de Charmey Tourisme avec La Gruyère Tourisme qui peine à se réaliser ­depuis plus de dix ans. Cette restructuration fait également partie des huit mesures retenues par le groupe de travail créé suite au vote communal du 19 novembre et annoncées à la presse ce lundi. Pascal Charlet, directeur de La Gruyère Tourisme, argumente: «Nous gérons déjà les offices du tourisme de Gruyères et de Bulle et collaborons étroitement avec Moléson. Intégrer Charmey a toujours été notre volonté. Cela permettrait d’avoir une seule en­tité régionale, plus cohérente pour le client. Nous pourrions mieux coordonner nos actions et notre positionnement, dispose­rions de plus de moyens.» Concrètement, cela impliquera donc de revoir le poste de Christophe Valley. Cette vision correspond à la volonté de l'Union fribour­geoise du tourisme d'al­léger les instances touristiques.