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Dossier: #bettertogether

Dossier: #bettertogether

Ensemble cela peut aller mieux

La solidarité, l’esprit d’équipe et le sentiment d’appartenance sont des piliers essentiels pour trouver des moyens de sortir de la crise et identifier nos perspectives.

C’est donc en cette période qu’HotellerieSuisse choisit de mettre l’accent sur la fonction de catalyseur de la communauté de l’hospitalité. A travers le slogan #bettertogether, elle tourne son regard vers l’avenir.

Dans ce sens, hotel revue donne la parole à des projets ou des personnalités poursuivant les objectifs de #bettertogether.

#bettertogether

Pour un artisanat de l’écologie sociale

Créateur de Mama Shelter et de Mob Hotels, le Toulousain Cyril Aouizerate invente avec des partenaires atypiques de nouveaux modèles. Il réagit intuitivement.
Cyril Aouizerate ouvre de nouvelles pistes.
Cyril Aouizerate ouvre de nouvelles pistes. Bild: ldd
Bild: ldd

Cyril Aouizerate, docteur en philosophie, se singularise en créant depuis la fin des années 1990 de nouveaux modèles d’hospitalité. Depuis Mama Shelter, dont il a revendu ses parts, il reste toujours en lien avec des partenaires financiers importants et des designers de premier plan. Il se revendique aujourd’hui artisan hôtelier, alors qu’il préside Mob Hotels, un groupe de 120 employés en plein développement qui vise une croissance à 200 employés.

Le projet d’une école en tourisme raisonné en Bourgogne
Cyril Aouizerate nous semblait tout indiqué pour parler du slogan «meilleur ensemble» et de la notion de communauté. Même si sa construction personnelle passe par la pensée de Spinoza, qui prône «un travail pointu de solitude extrême». Et d’emblée le philosophe entrepreneur répond avec la liberté d’esprit qui le caractérise: «Oui je crois en ces valeurs, mais de façon intuitive. Pas dans ce qu’on devine de l’idéologie multiculturelle, mais plutôt parce que je sais que cela permet de gérer des problèmes, de résoudre des défis sociaux et économiques. Le cerveau de l’homme reste plus lent que la créativité technologique. Il faut surtout honorer les choix de nos ancêtres, quand ils se groupent pour trouver de l’eau ou apprennent à s’autogérer.» Il s’oppose aux discours de la génération des années 1970, «où grosso merdo, on nous vend une réalité mondialisée sans culture et sans territoire». Lui naît dans le quartier populaire du Mirail, à Toulouse, et revendique ses origines. Il pense que le renouveau ne passe pas par les grandes villes: «Elles deviendront infernales à vivre, plus personne n’aura envie de résider à Paris dans 30 ans, les villes seront épuisées par le lourd crédit qu’elles payent au changement climatique.»

Ses influences
Un entourage de fortes têtes

Michel Reybier, cofondateur et actionnaire de Mama Shelter Hotels ainsi que de Mob Hotels. «Ceux qui le prennent pour quelqu’un qui possède des hôtels et des cliniques passent à côté d’une personnalité bien plus punk et compliquée qu’il n’y paraît. Notre grand respect est devenu une amitié.» Steve Case, ancien patron du moteur de recherche AOL, actionnaire de Mob Hotels. «Il a souhaité collaborer avec nous à travers son fonds Revolution. J’ai hésité. Mais il avait fait un tour des Etats-Unis pour expliquer pourquoi il fallait régulariser les travailleurs latinos, sans faire la morale.» Philippe Starck, designer, cofondateur de Mama Shelter. «Un génie à l’état pur. Il voit une dimension que nous on ne comprend pas. Il sent une atmosphère, il sait autour de quoi les gens se réunissent.» Jacques Derrida, philosophe (1930-2004). Sa pensée m’a fasciné. Mais je pense aujourd’hui que sa notion de déconstruction et celle de la French Theory ont involontairement mené la société au triomphe du capitalisme nihiliste.     aca

Mais paradoxalement, le succès de son modèle hôtelier, il le doit à des établissements urbains. «Oui, au temps de Mama Shelter, la notion sociale nous préoccupait, on croyait à un nouveau modèle. Dit rapidement, de palace low cost.» Aujourd’hui encore, Cyril Aouizerate voit l’hôtel comme «un Etat microscopique» où il privilégie deux mètres carrés extérieurs à un mètre carré de construction en intérieur, notamment par le partage de jardins ouvriers avec les habitants du quartier. «Nous voulons rendre publiques des zones privées.» Avec Mob Hotels à Paris, aux puces de Saint-Ouen, ou à Lyon, dans le nouveau quartier des Confluences, il reste ancré dans la ville, mais dans des quartiers moins touristiques.

«Je leur suggère de se déconnecter 24 heures»
A l’avenir, il veut pousser la logique plus loin avec la création de Mob Farm, notamment à Mâcon, en Bourgogne, sur un terrain de 200 à 250 hectares, où l’hôtel intégrera projet d’école en tourisme raisonné et écologie sociale. «Ce qui permettra à des étudiants en école hôtelière de compléter leur formation en abordant les questions liées au passif énergétique de la construction d’un établissement et aux savoirs de la ruralité.»
Provocateur, Cyril Aouizerate n’hésite pas à faire poser son partenaire financier Michel Reybier, grand patron d’hôtels et de cliniques, devant le portait de Karl Marx. Il comprend que ce qu’il nomme «sa tactique» nous fasse sourire. «Vous savez, j’ai été un militant trotskiste binaire, rien ne me prédestinait à rencontrer de grands entrepreneurs qui m’ont appris à lever de l’argent sans en avoir et à me libérer du déterminisme social, tout en gardant la mémoire de mon père ouvrier.» Pour lui, le marxisme permet encore «une analyse des rapports de force réels des corps sociaux». Aujourd’hui, son thème central, en tant qu’entrepreneur, se veut l’écologie sociale. «Cela veut dire travailler avec des coopératives agricoles, organiser des conférences, des lectures de poésie et de philosophie, inviter des chanteurs en piano-voix qui savent manier les subtilités de la langue française.» Mais aussi, à travers ce terme d’artisan hôtelier qu’il défend, «prendre le temps».
Il travaille avec des équipes beaucoup plus jeunes que lui. «Je tente de leur apprendre à arrêter d’envoyer des courriels de quatre pages, de privilégier les contacts directs. Je leur suggère de se déconnecter de tout au moins 24 heures par semaine.»

Lui observe ce qu’il nomme son «shabbat» dès le vendredi après-midi, jusqu’au dimanche matin. «Je prends le temps de réfléchir sans électricité.» Il ne désire pas imposer son mode de vie à ses employés. «Je ne veux pas les convertir, mais ils doivent comprendre que devenir esclave de l’immédiat ne contribue pas à l’apprentissage et au partage. Et on doit surtout beaucoup rire.»

Toutes ces petites gouttes accumulées permettent à un entrepreneur de survaloriser ses investissements: «On se situe bien loin de ce que l’hôtellerie industrielle est devenue, mais je suis persuadé que  notre boîte vaudra beaucoup plus quand nous la revendrons que quand nous l’avons achetée.»

www.mobhotel.com   

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