Le 19 novembre, les Charmeysans ont refusé une augmentation des impôts pour pérenniser leurs remontées mécaniques. L’exploitation durable des installations est compromise et la société d’exploitation se voit devant d’énormes difficultés. Même si les Fribourgeois pourront cette saison, grâce à des fonds trouvés in extremis, encore skier sur les pistes d’un des plus beaux domaines des Préalpes, d’aucuns affirment déjà que ce sera la dernière saison et que l’agonie des remontées ne sera qu’inutilement prolongée.

Mais ils font leur calcul sans la digitalisation. Car dans l’économie en réseau, on calcule différemment. L’internet donne de la voix à toutes les stations, pas seulement aux grandes. Et encore mieux, sur la toile même les petites stations des Préalpes peuvent jouer dans la cour des grandes. Ce qui leur permet une certaine flexibilité dans l’équation-prix. Car si la raisonnance est plus grande, les contacts directs avec les amateurs du ski augmentent. Est-ce que cela pourrait même sauver les petites stations du couperet financier? Cela mérite au moins une réflexion. Voici quelques pistes.

La piste bleue, probablement la plus facile, consisterait à élargir le bassin de ­recrutement des adeptes du ski. Je me rappelle des mercredis de ski durant ma jeunesse. Deux cars venaient nous chercher dans la cour d’école dans la banlieue bernoise pour nous emmener dans la petite – et basse, station de l’Eriz. Dès qu’il y avait de la neige, les parents pouvaient nous inscrire jusqu’au mardi soir. Nous étions pris en charge par des moniteurs, emmenés sur les pistes, il y avait un goûter, nous étions heureux et les parents avaient un après-midi de «congé». Il me semble qu’avec Internet de telles opérations pourraient s’organiser encore plus facilement.

La piste rouge, déjà un peu plus technique, consisterait à jouer avec le crowd, la masse. 2000 cartes journalières vendues à 5 francs rapportent plus que 200 à 25 francs. Avec une application de revenue management bien faite, on devrait pouvoir mobiliser plus de skieurs un beau jour de neige. On pourrait aussi imaginer de jouer la multiplication dans l’autre sens. Si une remontée mécanique a besoin de 2 millions pour tourner, 200 entreprises pourraient «s’acheter l’année» pour 10 000 francs chacune. Les cartes pourraient être offertes aux employés, des journées d’incentive pourraient s’organiser – cabine Golden Circle, fast lane, soirées ski et fondues, sorties d’été, etc. De nombreuses entreprises paient des loges et places bien plus chères dans les stades de hockey.

La piste noire, sans doute un brin utopique, consisterait à inclure les frais de fonctionnement des installations à fonds perdus dans le budget de fonctionnement de la commune. Et d’offrir l’accès aux remontées mécaniques gratuitement aux habitants, aux clients des hôtels et à toute personne physique ou morale qui y paie des taxes et des impôts. La gratuité, évidemment largement communiquée via les réseaux sociaux, boosteraient les nuitées, la consommation dans les restaurants, les achats dans les commerces. Ces dépenses indirectes, ajoutées aux ventes de forfaits aux «externes» compenseraient une partie des dépenses communales.

Allez, les Charmeysans! Aiguisez vos carres et faites preuve d’agilité! Les signes du temps sont en votre faveur et le réseau vous offre des alternatives. C’est valable pour toutes les stations des Préalpes.


Thomas Steiner est directeur de Bulliard Immobilier, membre 
du jury du Milestone et ancien directeur de l'Union fribourgeoise du tourisme. [IMG 2]

 

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