Imaginez une volée de bulles de savon remonter vers le ciel. Et si elles étaient grandes, très  grandes, jusqu'à attendre la taille humaine et la dépasser? Suspendez-les à une centaine de mètres du sol. Imaginez-vous dans une de ces bulles, survolant une ville, une rivière ou une montagne.

Vous êtes dans un rêve qui s'appelle «Live Between» et appartient aux designers du bureau d'architectes américain HKS. Ils l'ont créé en vue de la compétition pour le Prix de l'innovation radicale en hospitalité 2012, une récompense pour tout projet visant à révolutionner les concepts existants dans l'hôtellerie. «Live Between» est né d'une volonté de valoriser l'espace aérien, que ce soit entre les gratte-ciel de Chicago, les tours du Tower Bridge de Londres ou les pyramides de Gizeh. Les boules-chambres de cet hôtel high-tech, ultralégères, sont retenues dans l'air par un système de câbles quasi invisibles. A l'intérieur, elles offrent toutes les commodités et restent autonomes en énergie grâce à des panneaux photovoltaïques. De l'extérieur, la structure ressemble à une gigantesque guirlande qui peut changer de forme et s'adapter sur mesure à l'endroit choisi. Il s'agit d'un concept nomade qui ferait le tour du monde, telle une attraction itinérante, pour offrir à ses hôtes un angle de vue renversant. Pour les architectes, il reste encore à relever les défis techniques, comme l'accès aux bulles ou la stabilité de l'installation. 

Serait-il imaginable en Suisse? Bruno Huggler, directeur adjoint de Valais Tourisme, se projette dans le futur: «L'idée ferait parler d'elle et pourrait bien séduire une nouvelle clientèle. Un tel hôtel, bien intégré dans le cadre montagnard, offrirait une expérience extraordinaire aux visiteurs.» Et l'écologie? Pour l'instant, même les bulles solitaires posées au sol sont suspectes. Imaginé par l'architecte français Pierre Stéphane Dumas, le concept des Bubbles – cabanes sphériques transparentes pour dormir sous les étoiles en tout confort – fait un tabac en France, mais n'a toujours pas pénétré dans les montagnes suisses. Une expérience séduisante à prendre pour modèle? «Nous serons heureux d'élargir l'offre, surtout que la demande pour les hébergements insolites est très forte», confie

Anick Goumaz de l'Office du tourisme du Canton de Vaud. Et de souligner: «Le tourisme suisse vit grâce à ses paysages qui sont très protégés. Les nouveaux concepts sont orientés vers le tourisme rural, en phase avec le développement durable». A Montmollin (NE), le B&B de la famille Schneider, le seul en Suisse à proposer l'expérience, a senti les foudres administratives s'abattre sur son «bubble». Posée dans le jardin surplombant le lac, la bulle n'a pas convaincu la loi sur l'aménagement du territoire et sa première saison fut plus courte que prévue. L'année prochaine, François Schneider s'apprête à la défendre, encouragé par les retours positifs: «C'est un concept poétique fabuleux qui mérite d'être développé.»

Côté écologie, les «bubbles» n'ont rien à se reprocher: de matière recyclable, équipés de panneaux solaires, sans eau courante, leur impact est réduit au minimum. Un gage de succès? «De plus en plus de clients rêvent d'avoir une expérience insolite, mais dans des conditions tout confort. C'est un concept intéressant, il faudra prendre en compte les critères financiers et juridiques, mais nous serons ouverts à la discussion», affirme Eric Crettaz, directeur de l'Office du Tourisme de Thyon. Son homologue à Villars, Serge Beslin, confirme qu'en Suisse il est très difficile de développer les nouveaux concepts dans la nature, mais trouve l'idée prometteuse. L'exemple rassurant, les WhitePods, sphériques et écolo, ont trouvé leur place après des batailles juridiques.

Derrière la tendance se cache peut-être le désir inconscient de l'homme moderne de s'enfermer dans un cocon douillet, la tête dans les étoiles.