Taleb Rifai, Secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) a tenu à réagir aux «médias qui ces derniers mois nous alertent sur ce qu’il est convenu d’appeler la tourismophobie et nous abreuvent d’images de citoyens protestant contre l’invasion des touristes et l’expulsion des habitants par les entreprises touristiques.»Nous en publions quelques extraits significatifs pour nourrir le débat: «La croissance n'est pas un fléau, pas plus que ne l'est l'accroissement du nombre de touristes.

«De toute éternité, c'est de cette façon que l'humanité s'est développée. L'expansion du tourisme peut et doit amener la prospérité économique, créer des emplois et générer les ressources financières nécessaires pour assurer la protection de l'environnement et du patrimoine culturel, mais aussi le développement des communautés et le progrès qui sans elle ne seraient pas possibles. Elle contribue aussi, en nous permettant de rencontrer l'autre, à élargir nos horizons, à nous ouvrir l'esprit et le cœur, elle contribue à notre bien-être et participe à nous rendre meilleurs. Elle dessine les contours d'un monde meilleur. Toutefois, pour que le tourisme soit une expérience enrichissante et pour les touristes, et pour leurs hôtes, il faut des politiques solides et durables et il importe que tous les acteurs concernés, les pouvoirs publics locaux et nationaux, les entreprises du secteur privé, les collectivités locales et les touristes eux-mêmes, y soient associés.Le secteur a besoin de règles et de principes clairs, mais des principes qui n'entravent pas son expansion.

Il lui faut des règles qui s'inscrivent dans un système de gestion durable, des mesures propices à une croissance au long cours: Diversification des activités proposées et diversification géographique, systèmes et politiques intégrés et performants de gestion des visiteurs dans les lieux touristiques, politiques de réduction de la saisonnalité, Incitation du secteur privé à investir dans de nouvelles régions et de nouveaux produits, incitations et politiques visant à réduire la consommation d'énergie et d'eau et à répondre aussi à d'autres besoins, problèmes et carences des populations locales.Des études ont été menées sur différentes destinations qui s'efforcent de rester inclusives et profitables à tous face à une croissance exponentielle du tourisme. On citera notamment les cas de Venise et de Barcelone. À cet égard, rappelons que s'il importe de consulter les communautés locales et de les associer pleinement à la planification du tourisme, le rejet du tourisme qui se manifeste dernièrement est dû en grande partie à l'incapacité d'encadrer la croissance dans une perspective durable. Les méfaits des entreprises illicites, la dégradation des écosystèmes terrestres et marins ou la mauvaise conduite d'un petit nombre de voyageurs ne signifient pas que l'ensemble du secteur souffre d'un manque d'éthique. C'est l'encadrement qui lui fait défaut.L'essor d'une activité a toujours des revers, mais cela ne justifie en aucun cas d'y renoncer et de se priver des avantages incontestables qui en découlent. Il faut au contraire se montrer à la hauteur et l'encadrer au mieux. C'est là que se trouve toute la difficulté. Plus que jamais nous devons démontrer notre volonté d'améliorer le secteur, sans quoi il perdra tout son sens et son avenir-même sera menacé.» (htr/aca)