Vincent Nijs, la Flandre a décidé de passer d'un tourisme quantitatif à un tourisme qualitatif, déjà avant la crise du Covid. Pourquoi ce changement de paradigme?
En 2018-2019, nous avons adopté une nouvelle vision intitulée «Travel to tomorrow» soutenue par notre ministre du Tourisme du Gouvernement flamand, Zuhal Demir. Cette nouvelle approche, beaucoup plus holistique, consiste à prendre en considération tous les aspects du tourisme, autant les points positifs que négatifs. Et de faire en sorte que le tourisme bénéficie autant aux visiteurs qu'aux habitants et aux acteurs économiques. Le tourisme doit devenir un moyen positif, et non une finalité. 

Quel a été le déclic?
La stratégie de Visit Flanders a été d'agir avant que le tourisme ne devienne un problème. Nous avons effectué des recherches dès 2016 dans des endroits spécifiques comme Bruges, qui accueille dix millions de visiteurs par an pour 20'000 habitants. Etonnamment, le tourisme était encore perçu positivement: les locaux se disaient fiers de leur ville et que les touristes souhaitent la visiter. Toutefois, nous connaissons tous les exemples d'Amsterdam, Venise, Dubrovnik, où le tourisme est devenu trop envahissant et nuit à la qualité de vie des habitants.

La Flandre évoque un tourisme florissant et innovant. Qu'est-ce que cela veut dire, au juste?
Le tourisme ne peut pas se limiter au profit. Pour être durable, il se doit de trouver un équilibre entre les visiteurs, les touristes et les acteurs économiques. Notre but est de créer une valeur ajoutée et de connecter ces trois groupes cibles. Cela implique un très grand exercice d'écoute et une attitude participative. Nous avons créé des expériences autour de six thèmes qui singularisent la Flandre, comme le cyclisme, le patrimoine ou la gastronomie. Nous cherchons à attirer des visiteurs passionnés par ce que notre région propose afin de faciliter la rencontre naturelle avec des Flamands, eux-­mêmes grands fanatiques de vélo, par exemple. 

Qu'avez-vous entrepris pour intégrer la base à cette vision?
Notre manière de travailler est devenue beaucoup plus «bottom-up». Nous écoutons les propositions du terrain, octroyons aussi le financement pour réaliser ces idées. Nous avons créé le réseau «Travel to tomorrow», ouvert à tout acteur du secteur intéressé à bâtir un avenir positif du tourisme. En tant qu'organisation gouvernementale, nous ne pouvons pas interdire à une destination, une ville ou un site touristique de vouloir attirer plus de touristes. Et dans certains endroits, renforcer le tourisme peut être une bonne idée. Nous essayons d'inspirer. Par chance, nous remarquons que plusieurs DMO's locales reprennent notre vision.

En tant que destination, comment mettez-vous la main à la pâte pour concrétiser cette vision? 
Je peux citer l'exemple de projets pilotes sur lesquels nous travaillons. Le Gouvernement flamand a racheté une abbaye et trois châteaux inexploités, dans l'optique de faire revivre ces sites, en préservant leur âme et en faisant profiter les communautés locales. L'idée étant de combiner plusieurs affectations, et de ne pas viser uniquement le profit. L'abbaye de Bruges intègrera des résidences d'artistes, par exemple.

Comment mesurez-vous la réussite de votre stratégie, et donc la qualité de votre tourisme?
Cette stratégie implique de surveiller beaucoup plus de données. Avant, on se limitait à la provenance des groupes cibles, leurs dépenses, leurs activités, la durée de leur séjour. Aujourd'hui, nous intégrons la population et la capacité d'absorption du tourisme à notre monitoring. Neuf personnes travaillent à ce suivi. Cela passe par un dialogue avec les habitants. Nous les questionnons sur leur perception du tourisme et cherchons à savoir s’ils deviennent des ambassadeurs.


Vincent Nijs, chef stratégiste de Visit Flanders, animera une Breakout Session le 30 avril sur le thème: «Favoriser le tourisme en harmonie avec les résidents locaux», aux côtés de Damian Constantin, directeur de Valais/Wallis Promotion, et Viviane Grobet, responsable Business Development chez Suisse Tourisme.

Rendez-vous à Genève les 29 et 30 avril 2024
La 26ᵉ Journée suisse des vacances se déroulera à Palexpo Genève les 29 et 30 avril prochains. Organisée par Suisse Tourisme avec la collaboration de Genève Tourisme et de ses parte­naires, la manifestation drainera entre 1200 et 1400 professionnels du tourisme. Au programme: tables rondes, exposés, «Breakout Sessions» en petits groupes et réseau­tage. Les participants pourront se concocter un programme selon leurs intérêts et affinités.

Parmi les orateurs invités, Roman Tschäppeler et Mikael Krogerus, auteurs du best-seller «Livre des décisions», partageront leurs connaissances en matière de gestion d’équipes et de prise de décision. Placées sous la devise «Ready for tomorrow», ces deux demi-journées seront couronnées par la Synergy Night. Inscription sur le site de Suisse Tourisme.

stnet.ch/fr