Martin von Moos, le Conseil national dit «oui» au taux spécial, mais de manière surprenante, pour quatre ans seulement. Succès ou déception?
Tout d’abord, nous sommes soulagés. Le Conseil national est entré en matière, a évité une hausse immédiate de la taxe et le taux de 3,8 % restera en vigueur sans interruption jusqu’en 2031. C’est une étape importante. Cependant, une prolongation de quatre ans n’apporte pas une véritable sécurité de planification. Les investissements dans un établissement hôtelier sont planifiés et financés sur de longues périodes. C’est pourquoi huit ans restent pour nous la solution la plus judicieuse.
En juin, le Conseil national ne souhaitait pas entrer en discussion sur le projet. Pourquoi ce revirement?
Il fallait apporter de nombreuses explications. Au cours de nombreux entretiens, nous avons également abordé les points critiques. Finalement, nos arguments ont porté leurs fruits. Car derrière les annonces faisant état de records de nuitées et de destinations très fréquentées se cache une réalité bien plus nuancée: environ 90 % des hôtels suisses comptent moins de 50 chambres, dont beaucoup sont classés trois étoiles. Ils fonctionnent avec des marges serrées et des coûts élevés. Nous avons réussi à mettre davantage en lumière cette réalité. Cela a été déterminant pour le succès d’aujourd’hui.
Quelle sera la suite au Parlement?
Le projet retourne sans délai au Conseil des Etats, qui devrait en débattre dès demain. Si le Conseil des Etats maintient la durée de huit ans, l’objet reviendra au Conseil national dès cette semaine. Notre objectif reste une prolongation de huit ans. Nous nous battrons jusqu’au bout pour cela.
Selon vous, quels sont les arguments en faveur d’une prolongation jusqu’en 2035?
Si un retour au taux normal est déjà envisagé dans quatre ans, une grande incertitude persiste. Les investissements dans les bâtiments et les infrastructures s’inscrivent dans un horizon à plus long terme. Une entreprise doit aujourd’hui se demander: pourrons-nous répercuter ultérieurement cette charge supplémentaire sur les prix, ou devrons-nous l’absorber sur notre marge ? Et quel serait l’impact d’une hausse des prix sur la demande? A cela s’ajoute le fait que l'hôtellerie dépend fortement de facteurs sur lesquels il n’a aucune influence: les taux de change, la géopolitique, la météo ou le climat de consommation.
Les détracteurs pourraient faire valoir que quatre années supplémentaires constituent déjà une concession importante. Pourquoi cela ne suffit-il pas à HotellerieSuisse?
Il s’agit ici de trouver une solution rationnelle. Le Conseil fédéral a délibérément coordonné la prolongation jusqu’en 2035 avec le régime financier de la Confédération, car la compétence de percevoir la TVA expire également fin 2035. Ainsi, dans huit ans, le taux d’hébergement pourrait être évalué dans un contexte de politique budgétaire plus large. Si le même débat de fond devait être relancé dès 2031, cela représenterait une charge inutile pour toutes les parties prenantes, y compris pour la Confédération.
La branche ne risque-t-elle pas de se retrouver les mains vides s’il s’obstine à réclamer une prolongation de huit ans?
Les deux Chambres se sont clairement prononcées en faveur d’une prolongation. La question n’est donc plus de savoir si le taux sera maintenu, mais pour combien de temps. Nous sommes convaincus que le Parlement trouvera une solution qui offrira réellement aux entreprises une sécurité de planification.
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