L’hôtellerie doit faire partie de la solution

En refusant l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions», le peuple a confirmé une évidence: notre pays ne se construit pas dans le repli. Mais notre branche doit être responsable et faire sa part pour répondre aux préoccupations de la population.

Il ne fait aucun doute: sans l’Europe, sans les travailleurs européens, notre branche n’aurait pas la même image, et nos établissements ne pourraient offrir une telle qualité de service ni la même hospitalité. Reconnaître cela n’efface pas les préoccupations à l’origine de l’initiative: le logement, le coût de la vie, la pression sur les infrastructures sont des inquiétudes réelles, et nous devons les prendre au sérieux.

Notre hôtellerie, comme la Suisse, n’a jamais prospéré en se refermant sur elle-même
Marie Forestier, vice-présidente d'HotellerieSuisse

Durant la campagne, notre branche a souvent été perçue comme en partie responsable de ces difficultés, et trop souvent assimilée, à tort, au surtourisme. C’est le signe qu’il faut agir. A nous de prouver que l’hôtellerie est un tourisme organisé, réparti sur le territoire et sur l’année, qui crée des emplois qualifiés et de la valeur jusque dans les régions périphériques. A nous, surtout, d’être durables: mieux exploiter le potentiel de main-d’œuvre indigène, former, donner du travail aux réfugiés hors UE, et permettre à ceux qui vivent déjà ici de s’intégrer pour de bon. Continuons à miser sur la qualité plutôt que sur la quantité, comme nous l’avons toujours fait. C’est ainsi que nous montrerons que nous faisons partie de la réponse, pas du problème.

Et le travail ne fait que commencer. Début 2028, le peuple votera sur les Accords bilatéraux III, essentiels pour l’hébergement et le tourisme. Préparons-nous dès aujourd’hui: c’est notre lien avec l’Europe – et donc notre accès à sa main-d’œuvre – qui sera en jeu.
Ce non n’est pas une fin, mais un point de départ. A nous d’agir, avec discernement et des solutions concrètes. Car notre hôtellerie, comme la Suisse, n’a jamais prospéré en se refermant sur elle-même.

Marie Forestier est hôtelière et vice-présidente d’HotellerieSuisse.


Des destinations pour vivre, travailler et accueillir

En rejetant l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions», la population a adressé un message de confiance. Une confiance dans la capacité de notre pays à relever les défis liés à son développement par des solutions pragmatiques plutôt que par des limites rigides. Pour les destinations touristiques, cette décision est particulièrement significative. Car la véritable question n’est pas de savoir combien de personnes vivent, travaillent ou séjournent en Suisse. La question est de savoir comment nous aménageons nos espaces de vie et comment nous accompagnons leur évolution.

L’avenir du tourisme suisse ne se jouera pas autour d’un chiffre symbolique. Il dépendra de notre capacité collective à créer des espaces de vie attractifs
Bruno Huggler, président de l’Association suisse des managers en tourisme

C’est exactement la mission des managers de destination. Ils réunissent les intérêts de la population locale, des visiteurs, des entreprises et des autorités. Ils développent des solutions de mobilité, gèrent les flux de visiteurs, renforcent la création de valeur régionale et veillent à ce que le tourisme conserve son acceptation auprès de celles et ceux qui vivent sur le territoire. 

La campagne de votation a montré que les préoccupations liées au logement, aux infrastructures ou à l’utilisation de l’espace public sont réelles. Ces questions méritent d’être prises au sérieux et de recevoir des réponses concrètes. Raison pour laquelle il est essentiel de poursuivre un développement touristique responsable et maîtrisé.

Ces dernières années, le tourisme suisse a démontré que croissance et durabilité pouvaient aller de pair. De nombreuses destinations misent sur la qualité plutôt que sur la quantité, sur une meilleure répartition des visiteurs dans le temps et dans l’espace, ainsi que sur des offres créant une valeur ajoutée tant pour les habitants que pour les hôtes.

Bruno Huggler est président de l’Association suisse des managers en tourisme (ASMT).


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