Hans Stöckli, vous ne vous représentez pas au Conseil des Etats et venez d’annoncer votre départ de la présidence de la destination Jura & Trois-Lacs, que vous occupiez depuis sa création en 2012. Pourriez-vous nous raconter votre engagement pour le tourisme depuis les origines, votre premier mandat de maire de Bienne en 1990?
En arrivant à la mairie de Bienne, je n’accordais au tourisme dans notre région qu’une importance mineure. Lorsqu’on me questionnait sur le sujet, je donnais un chiffre de fréquentation deux fois plus faible que la réalité. J’ai donc décidé d’agir, en renforçant les structures et les subventions touristiques, de m’engager à fond dans le projet de l’exposition nationale, dans la création d’un musée d’art, d’un casino, les rénovations du Palais des congrès, l’achat de deux nou­veaux bateaux pour la société de navigation ainsi que la rénovation de l’ensemble de la flotte, la mise en place de travaux au débarcadère, la modernisation de l’accès aux rives et la rénovation de la plage. [RELATED]

Vous découvrez aussi un milieu touristique régional peu structuré, alors que l’on commence à parler de l’accueil de l’exposition nationale…
Oui, tout me semblait compliqué et multiple. Nous voulions créer une destination forte. Nous n’étions malheureusement pas prêts pour exiger que cette manifestation Expo 02 s’appelle Expo Pays des Trois-Lacs.

Grâce à vos réseaux, vous voulez unir des réalités différentes?
Exactement. Avec la création du réseau des villes de l’Arc jurassien, nous avons amélioré la collaboration entre les villes, ensuite a été créée la structure touristique pour les montagnes, Jura région et celle des lacs: Pays des Trois-Lacs. Et en 2012, nous avons fusionné ces deux associations pour arriver à la destination Jura & Trois-Lacs avec mon slogan: «Les pieds dans l’eau, la tête dans les sapins». Mais sans le poids et le dyna­misme de l’Expo, nous n’aurions pas réussi cette fusion. Il fallait convaincre six cantons et aller au-delà des clivages linguistiques. 

Tout cela sur un petit territoire…
Dix pour-cent du territoire suisse. Aujourd’hui, nous arrivons à 930 millions de chiffre d’affaires dans notre destination et nous visons le milliard. Alors que les cantons et les villes continuent à contribuer à notre financement respectivement à hauteur de 1 400 000 et de 200 000 francs par an.

Que devez-vous encore améliorer?
Les produits communs sur toute la région grâce à nos distances abordables entre chaque site. Nous le faisons déjà avec les offres des sociétés de navigation de Bienne et Neuchâtel. Il faut prendre exemple sur le Jura dans le domaine des transports en commun.

En matière de digitalisation, Jura & Trois-Lacs n’hésite pas à travailler avec ChatGPT...
Nous sommes la deuxième destination à le faire après les Alpes vaudoises, cela offre un pont de plus entre les cantons et les langues et donne des informations personnalisées. Nous voulons être au plus près du client, le plus profondément et le plus longtemps possible, cela permet de fidéliser notre nouvelle clientèle. Il est motivant de constater que nos nuitées se sont développées d’une manière supérieure à la moyenne suisse.

Il vous semblait important que Jura & Trois-Lacs dispose d’un monitoring économique…
Nous devons prouver par des données économiques que l’argent public bien investi se transforme en force économique.

Vous voulez aussi rapprocher les mondes de l’horlogerie et du tourisme en partant de votre région?
Lors de l’assemblée générale de la Fédération suisse du tourisme, qui a eu lieu à Bienne dans les locaux de l’entreprise Manufacture des montres Rolex, nous avons réuni les présidents du tourisme suisse et de l’industrie horlogère suisse, Niccolo Paganini et Jean-Daniel Pasche, pour discuter au sommet des secteurs d’exportation les plus importants de la Suisse. Les deux vivent de la bonne image de la Suisse et de la beauté du produit, soit du paysage ou de la montre. Mais souffrent d’un franc suisse fort et de l’inflation. 

Le développement durable vous semble aussi central…
Le Parlement a approuvé ma motion qui oblige le Conseil fédéral à instaurer un programme d’impulsion pour les assainissements énergétiques des hébergements alpestres. Et cette mesure sera aussi valable pour la partie montagnes de notre destination.

Vous allez quitter à la fin de la législature vos engagements au comité de la Fédération suisse du tourisme et au groupe du suivi politique du tourisme…
Pour devenir un simple touriste.

Les sujets touristiques n’ont pas toujours été une priorité au Parti socialiste et pour l’ensemble de la gauche. Comment analysez-vous cela?
Je suis heureux d’avoir contribué à la première stratégie touristique du Parti socialiste, voilà trois ans. Mes camarades sont plus sensibles à l’importance du tourisme, et mon parti soutient de nombreuses motions pour son développement. Quand il a fallu définir les montants de soutien à Suisse Tourisme cet été, un nombre important de mes collègues roses aux Etats a voté pour l’augmentation. Mon parti évolue, même si certaines réserves restent quant aux soutiens aux marchés lointains, sur les questions de durabilité ou celles toujours sensibles des conditions de travail.

Vos jeunes collègues prendront-ils la relève sur ces sujets?
On peut citer le travail des conseillers nationaux Jon Pult et Nadine Masshardt, ainsi que celui de Mathias Reynard lorsqu’il siégeait encore à Berne. Ils ont tous collaboré à notre nouvelle stratégie de parti.

Pourquoi les opinions de gauche changent sur le tou­risme?
Parce que le tourisme se préoccupe activement de durabilité. Pas seulement du côté économique, mais aussi des conditions sociales et environnementales. Et le fait que, depuis quelques années, les Suisses dépensent plus à l’étranger pour leurs vacances que les étrangers en Suisse a certainement contribué à une meilleure compréhension pour ce secteur.

Et si vous deviez dire un dernier mot en faveur du tourisme?
Je parlerais avec mon cœur, comme n’importe quel collection­neur fier de vous présenter sa collection: si nous restons fiers de l’endroit où l’on vit, on peut le présenter à d’autres, les inviter à venir en vacances dans notre région, pour voir notre vieille ville, nos bâtiments, mais aussi l’ambiance de nos régions. Aucun autre secteur n’offre une telle diversité.

Parcours
Hans Stöckli fut maire de Bienne de 1990 à 2010. Le socialiste siège au Conseil national depuis 2004 et au Conseil des Etats à partir de 2011. Il va mettre un terme à sa carrière politique à la fin de la législature. Il fut très impliqué dans les instances du tourisme suisse au comité de la Fédération suisse du tourisme ainsi qu’au groupe de suivi du tourisme suisse. Il a présidé la destination Jura & Trois-Lacs depuis sa fondation. Erich Fehr, nouveau maire de Bienne, va lui succéder.