Comme un silex, caillou ordinaire et cracheur de feu. «Sils Maria» du Français Olivier Assayas vient de dévoiler ses multiples peaux. Nous l'avons découvert en première suisse vendredi dernier sur la Piazza Grande de Locarno, enfin en paix avec les cieux.
Les festivaliers habitués à cet endroit à des films majoritairement grand public découvrent cet objet. Nous y guettons les traces du Waldhaus de Sils Maria qui abrita quinze jours de tournage en septembre 2013 et dont Jean-Louis Porchet, de CAB Productions dit son admiration: «Felix Dietrich est un vrai hôtelier entouré de professionnels qui savent gérer cinquante personnes impossibles, préoccupées par leur travail.» Mais le film démarre dans le tumulte du téléphone et de l'ordinateur porteurs de déboires dans un wagon de train. La comédienne Maria Enders (Juliette Binoche) et son assistante (Kristen Stewart) se battent entre les morts et les vivants dans un déluge de rires et d'anxiétés. On va bientôt pénétrer dans un hôtel, mais il s'agit du Dolder Grand, à Zurich, ville où se déroule le premier tiers du film. Puis un taxi s'arrête devant un inconnu Grand Hôtel du lac dans la même ville.
Les premiers plans d'Engadine arrivent par la citation du serpent de brume de Maloja vu par le très cinéphile Olivier Assayas dans un documentaire de 1924 et qu'il cite brillamment. Puis s'enchaînent des plans de montagnes et de lacs assez simples, bruts, frontaux, beaucoup plus que les relations humaines exposées jusque-là.
On entre au Waldhaus par son versant musicalDes plans réalisés par l'équipe technique suisse du film comme l'écrit Jean-Louis Porchet: «Si Olivier Assayas gérait les caprices humains, notre mission était de gérer ceux de la nature.» Tel le Dolder Grand, le Waldhaus apparaît d'abord dans la bouche des personnages avant de se matérialiser. On le découvre à travers un concert de musique de chambre qui cadre parfaitement avec l'élégance Belle Epoque des salons. Ce récital se laisse voir par les yeux d'un jeune couple illégitime que vont bientôt rejoindre Maria Enders et son assistante. Assayas, l'ancien critique de rock, entre dans l'Hôtel par son versant le plus musical. D'ailleurs les plans de montagnes noctambules et incisifs vus d'une voiture s'accompagnent de rock, alors que ceux de jour, plus bucoliques se lovent dans de la musique élégiaque.