Innover exige une discipline de fer et une curiosité insatiable, reliant logique et intuition. Face aux défis réglementaires, économiques et écologiques, l’hôtellerie marche sur une corde raide. La question centrale demeure: «Comment se réinventer sans trahir son cœur de métier?»
Adopter de nouveaux modèles implique de sortir de sa zone de confort. Prenons la rénovation des chambres: et si un partenaire investissait et gérait les travaux via un forfait? L’hôtelier préserve sa trésorerie pour se concentrer sur l’expérience client, tandis que le partenaire gère l’actif. Les modèles d’affaires sont malléables; ils doivent transformer chaque contrainte en opportunité.
Voici quatre tendances possibles pour cette transformation.
Commençons par le modèle «Pan Am». Ce concept repose sur des structures immobilières flexibles offrant divers niveaux de service. Un étage peut proposer des chambres, un autre des appartements en location courte durée et un troisième des espaces type auberge de jeunesse. Chaque segment est commercialisé via des canaux distincts. Le propriétaire conserve la supervision globale et redirige les flux selon la demande. La vente devient un revenu «commissionnable», transformant les coûts fixes en variables tout en maintenant le contrôle stratégique.
«Réinventer son modèle d'affaires est une nécessité vitale. Elle demande de l'audace pour déconstruire les certitudes»
Stefan Fraenkel, directeur Lausanne LIFHE Institute
Dans le modèle «Flexcost», l’idée est d’intégrer les coûts sur une base purement utilitaire. On ne paie que ce que l’on consomme. Au-delà du Software as a Service (SaaS), étendons le concept au Hardware as a Service (HaaS) ou à l’Infrastructure as a Service (IaaS), réduisant les besoins en capitaux. Ce modèle s’étend aux RH: des prestataires indépendants interviennent à la tâche, transformant l’hôtel en une «scène» pour leurs microentreprises, alliant flexibilité et expertise.
Dans le modèle «High Tech – High Touch», la robotisation et l'IA se mettent au service de l’humain. La robotisation vise à relocaliser la production de biens vers des lieux mécanisés garantissant une qualité constante. L’IA engage le dialogue avec le client avant son arrivée et après son départ. Elle orchestre l’expérience en quatre temps: vente, reconnaissance, personnalisation et optimisation de la rentabilité. Conseil: adoptez l’IA comme une automatisation de votre bon sens pour devenir l’hôte parfait, évitant la technologie pour la technologie.
Dans le dernier modèle, nommé «Sakuru», les établissements de qualité possèdent une marque forte. L’étape suivante est de créer un écosystème de marques complémentaires partageant une même clientèle. Ce réseau permet de capturer des parts de marché inaccessibles en solo, exploitant la synergie entre les tendances évoquées.
Pour résumer, la réinvention du modèle d’affaires est une nécessité vitale. Elle demande de l’audace pour déconstruire les certitudes et de l’agilité pour reconstruire des systèmes résilients, centrés sur l’humain et optimisés par la technologie.
Stefan Fraenkel est expert en hospitalité et ancien professeur à l’EHL. Il dirige le Lausanne LIFHE Institute. Cet article a été rédigé en collaboration avec Yateendra Sinh, de YS & Associates.
